Vu de l’intérieur : la course complètement dingue des 3peaks

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Dans le genre complètement folle et intense, la Three Peaks est une course reine. Alex, designer B’TWIN sans cesse à la recherche de dépassement de soi, s’est aventurée dans cette course folle et vous fait partager ses mésaventures.

Çela fait un peu plus d’un an que j’ai remisé mes deux mountain bikes au garage. Trop lourds, trop de réglages, trop efficaces donc ennuyeux. Depuis, je roule en cyclocross avec des potes, Clem, William, Flo. Nos vélos sont des hybrides sur des bases de VTT ou cyclocross de course, en pignon fixe ou à vitesse, peu importe le plaisir est présent.

 

Un jour, un de nous tombe sur un article sur la 3Peaks cyclocross, la plus vieille course offroad du monde crée en 1961. 2012 sera la cinquantième édition et sera la première pour nous. C’est un parcours de 60km dans les Yorkshire Dales en UK, un cyclocross marathon mythique qui consiste à gravir les 3 sommets de la région en une boucle. William, Clem, Patrick (un ami qui vient de l’Oregon (USA) juste pour la course!) et moi sommes surmotivés.
Mon vélo est prêt une semaine avant (un CYFAC en Reynolds 953 inox sur mesure, une fourche titane et un groupe 11 vitesses Shimano Alfine di2). Un beau bijou que j’ai presque des scrupules à plonger dans la boue, mais un cx c’est fait pour ça! Le camping car de Clem est prêt, nous partons de Lille le samedi à 4h du mat, 2 heures de ferry, passage à London Heathrow pour récupèrer Patrick puis direction le nord de l’Angleterre.

Le coin est superbe avec ces murs de pierres partout, ces fermes pittoresques. Au camping, nous nous embourbons dès notre arrivée…un sympathique client nous sortira avec son Land Rover. Le temps est frais mais beau, on sort pour se dégourdir les jambes sur une quinzaine de km, visite du bike shop local, un bon pie et une bonne bière au pub du coin avec d’autres riders Anglais. Nous serons réveillés dans la nuit par la forte pluie, elle ne cessera presque pas.
Au lever le beau paysage à disparu, temps complètement bouché, brouillard et bruine. On est fixé, ça va être dur! Nous gagnons le départ à vélo, il est à env 3/4 km.  Il y a 2/3 maisons et un pub (of course), on récupère nos dossards et on nous accroche une puce au poignet.

Le vent se lève, on s’abrite comme on peut et constate la qualité des vélos présents, très exotiques et très spécifiques à cette course. Un pur bonheur des yeux ! 9:30. Coup de feu! On s’élance pour 6km de route pour étirer le peloton avant la première partie offroad. C’est aussi le moment que choisit la pluie pour s’intensifier. Ça roule fort, ça frotte, un mec n’a pas vu un gros nid de poule, il se tords de douleur dans le fossé. Unlucky!

 

A Gill Garth, nous tournons et empruntons le premier chemin, un premier passage à gué puis un champs de moutons, mélange de mousse et d’herbe rendu très mou par la pluie qui ne cesse pas. Je comprends que ça va être vraiment dur car je suis déjà sur le petit développement et je suis scotché, je vais faire comme tout le monde, pousser ou mettre le vélo sur l’épaule.

 

 

La visibilité est de 50m mais je vois déjà la première difficulté qui se dessine. Ces fameuses pentes à 45 degrés qui font la renommée de la 3Peaks, le peloton de 700 riders est alors une fourmilière qui gravit pas après pas ce mur végétal. Je prends le pas sûr celui de mon prédécesseur, j’évite de trop me prendre sa roue arrière dans mon casque et j’essaye de ne pas penser à mes mollets douloureux…

 

Plus nous montons, plus le vent s’emballe, il devient difficile de garder l’équilibre par ce vent latéral. Un photographe est la, merci à lui pour cette photo qui retranscrit bien ce calvaire. Je longe la clôture pour m’y accrocher, on avance très lentement, la pluie nous lacère le visage, les mecs sur ma droite qui montent sans l’aide du grillage glissent en avant ou se font déséquilibrer par le vent.
Difficile de dire combien de temps il reste d’ascension, de toute façon on ne voit rien au dessus de nous. Chaque fin de montée n’est en fait qu’un palier. Au moins une heure plus tard la force du vent me confirme qu’on est au sommet de Ingleborough. L’obstacle suivant est surréaliste, nous pointons notre puce par des commissaires vêtus comme des cosmonautes et nous devons passer par dessus une barrière d’1m50.

Ok facile sauf que les rafales à 100km/h en pleine face rendent la tâche très difficile, on s’entraide pour prendre le vélo du gars derrière nous et puis c’est parti pour la descente, toujours dans ce mélange boue, herbe, mousse hyper piégeux qui vous plante la roue avant. Peu importe, je suis dans mon élément, j’adore descendre, ça glisse beaucoup, il y a beaucoup de choix de trajectoires, je passe du monde, merci les freins à disques!

 

Bizarrement le temps est plus clair de ce côté mais ça ne durera pas, on arrive en bas de la descente ou attendent tous les suiveurs, les familles qui ravitaillent leurs coureurs. Un truc à savoir : il n’y a pas de ravito sur la course. Une zone est noire de spectateurs, c’est un passage ou il est très dur de s’extraire de cette mélasse et si on arrive vite sans soulager l’avant c’est l’OTB (Over The Bar) garanti. Je ne pense pas en avoir vu autant en une journée… Plus drôle que dangereux, le sol étant tellement meuble…

 

Retour sur portion de route, elle est salutaire car je n’ai rien bu ni avalé depuis le début tellement c’était intense… Des gars me doublent, je ne m’affole pas, d’ailleurs j’en récupèreraient avant la 2ème ascension. Aucune idée d’où sont mes potes, difficile de rouler ensemble dans de telles conditions. J’ai pu me ravitailler comme il faut juste avant d’attaquer la seconde ascension, elle commence par un chemin facile mais j’aperçois déjà à travers la brume un nouveau mur se dresser devant moi, cette fois il est plutôt minéral.

Comme au premier “peak”, le vent s’intensifie très vite, la montée dans les rochers glissants la rends vraiment pénible, c’est un escalier géant de granite qui nous attends. La pluie est très forte, merci à ma casquette qui me protége bien. Un gars derrière crie : ” it’s the stairway to Hell”! Il n’a pas tord car j’ai failli tomber plusieurs fois, le vélo sur le dos ou l’épaule étant une grosse prise au vent.
Le sommet de Whernside est presque là, j’ai du mettre une heure pour grimper. En temps normal, c’est roulable mais le vent est tellement puissant que c’est déjà éprouvant en le poussant. Jamais je n’ai vu des nuages filer aussi vite, jamais je n’ai eu aussi mal au visage avec une pluie horizontale et surtout jamais ressenti mes narines s’écraser et ma bouche se remplir d’air par des rafales à plus de 100km/h. Ça m’a plutôt fait rire mais je me suis également poser la question de ce que je faisais là!

 

Je suis une rubalise fixée aux rochers, le checkpoint est là, gros coup de chapeaux aux marshalls qui sont restés plusieurs heures à cet endroit très inhospitalier. Le début de la descente est très dangereux car ce n’est pas toi qui décide de ta trajectoire c’est le vent… Beaucoup sont à pied, par terre ou réparent à l’abris une crevaison. Un gars se voit arracher son vélo de l’épaule, son vélo très light flotte comme un drapeau au bout de son bras. Surréaliste!
Je continue la descente à fond, le vélo réagit bien, beaucoup de mousse d’herbe mais aussi un passage très chouette sur un chemin fait de dalles de granite, il faut être vigilant aux espaces et rigoles entre les dalles. C’est long et très éprouvant pour les bras. Aujourd’hui pas de suspension!

Le fond de la vallée atteint, on franchit plusieurs passages à gué et on arrive à la zone des suiveurs/ spectateurs qui applaudissent les riders qui osent descendre un mur très raides. Mission réussie, ces encouragements font du bien avant de reprendre une portion de route et recharger les batteries. Même topo, certains roulent à fond sur la route, moi je gère car il reste Penn y Ghent, le dernier peak.

 

Dès le début, un gué profond vous mets dans le bain puis le chemin s’élève mais permet de rouler. La particularité de ce passage est qu’on croise les coureurs en tête qui ont fait demi-tour au sommet, pratique pour croiser ses potes mais un peu chaud à gérer parfois quand il n’y a qu’une trajectoire roulable. Bien vite la pente est trop forte pour rouler, je pousse, le vent et la pluie sont toujours là, j’approche du sommet et je croise William qui descends en me disant que j’en ai pour 10 min avant de basculer…

Encore quelques centaines de mètres, Clem vient de démarrer la descente, je le rattraperai plus loin car un mec lui est tombé dessus, lui déréglant un frein. Je vois le 3ème checkpoint dans le brouillard, j’en profite pour bien resserrer mes freins et c’est parti. Je prends l’option de descendre sur la partie haute pour éviter les rochers et les riders qui montent.

Bonne option , je double du monde puis sur la piste je sers les dents, ça tape, il faut faire attention à ne pas percuter un autre concurrent, la fin est interminable, en plus j’ai beaucoup usé mes freins avec cette boue et je rallonge sans cesse mes distances de freinage. Dernières difficultés de la course, le gué à gonflé en une heure, il fait bien 70cm de profondeur avec cette pluie qui ne cesse jamais…

On tente tous, le gars devant moi s’y prends mal et tombe à l’eau, il disparaît entièrement sous les rires et les encouragements des spectateurs, j’aurai plus de chance, ça passe nickel et en plus maintenant mon vélo est tout propre! Retour sur la route pour les 5 derniers km, je donne tout, je rejoins un groupe et nous finissons vite, si vite que je me ferai une dernières frayeurs dans les 2 derniers virages en pente juste avant l’arrivée car mes plaquettes sont complètement usées.

Je suis à 2 doigts de mettre mon pied sur le pneu arrière pour ne pas finir dans les spectateurs! Cela aurait été dommage de tomber à 50m de l ‘arrivée. La banderole FINISH franchie, on me donne avec beaucoup de sympathie, une médaille, un t-shirt et un ticket avec mon temps et ma place. 281eme/700 en 5h05min. 60 bornes en 5 heures! Une moyenne qui en dit long sur la difficulté de cette course.

Je suis trempé, il pleut et le vent souffle toujours, je constate en voulant prendre une photo que mon iPhone est maintenant un aquarium. Grrrrr! Vite! Retour au camping car pour une douche chaude et une bonne bière avec les potes. On a tous fini en 20 min d’intervalle avec juste une crevaison pour William. Souvent, après en avoir autant bavé sur une épreuve on se dit qu’on verra si on reviendra l’année d’après mais là on a tous resigné direct pour l’édition 2013!

Bravo à tous les riders, nous étions les rares étrangers sur cette course et il est bon de constater le fair play et le flegme des locaux. Bravo aux top riders, le vainqueur mets 3h09min! 10 min au 2ème! La 1ère femme env 4h. Énorme respect! Leur stratégie : un vélo ultra light pour courir et grimper le plus vite possible. À méditer pour 2013!

Heureux aussi d’avoir roulé dans la même épreuve que la légende Thomas Frischknecht, 30ème à l’arrivée, ce pro qui a tout connu dans sa carrière a confirmé que c’était le truc le plus dur qu’il n’est jamais fait. Bravo à l’organisation d’avoir su conserver un esprit convivial et de n’avoir pas cédé à la panique face aux conditions météo. Certains auraient arrêté ou annulé la course mais dans le Yorkshire, on sait entretenir le mythe des vraies courses de vélo.


Et dire qu’on nous a fait croire que c’était les Californiens de SF qui ont inventé le VTT! Les Anglais le pratiquaient déja, certes autrement, 15 ans auparavant ! Vivement la 3Peaks 2013!

à propos de l'auteur de cet article

Rédactrice à la pointe de la communication digitale, Mme btwin est avant tout la bonne étoile à l'écoute des passionnés du vélo. Mais un personnage peut en cacher un autre : une sportive accomplie un peu casse-cou ;-)

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